Histoire navale de la Seconde Guerre mondiale

Voici une importante somme sur un sujet peu étudié dans le monde francophone. En effet, une synthèse comme celle-ci n’a que peu d’équivalents récents. L’auteur est un grand spécialiste américain du sujet et professeur émérite de l’académie navale des États-Unis. Il est heureux que cet ouvrage de 2018 fût rapidement traduit en français.

Il aborde le conflit sur tous les fronts dans l’ordre chronologique et non par secteur géographique, car, pour l’auteur, cela ne correspond à la réalité du déroulement des événements qui influent les uns sur les autres. Cependant, il ne se contente pas d’aborder les grands épisodes bien connus. Il rentre dans les détails en citant les propos des acteurs (dans la mesure où ceux-ci ont laissé leur témoignage bien sûr). Aussi, assistons-nous aux engagements, non seulement au niveau stratégique ou tactique, mais aussi à hauteur de marin, ce qui rend le récit vivant et plaisant à lire.

Le but de l’auteur est d’étudier « l’impact des forces maritimes de l’ensemble des nations belligérantes sur le cours du conflit dans sa globalité, et même sur son issue ». L’ouvrage commence par les traités de Washington (1922) et de Londres (1930) qui réglaient la taille des flottes mondiales. Puis par le traité entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne révisant le traité de Versailles sur la question navale et permettant à l’Allemagne de reconstituer une flotte de surface et sous-marine, le tout sans consulter les anciens alliés.

Dans le reste du livre, l’auteur nous narre la guerre navale dans son ensemble. On y voit la fin du règne des cuirassés et leur remplacement par les porte-avions comme capital ship. L’importance du rôle des sous-marins est également soulignée. Il en ressort, même si cela n’apparaît que rarement au premier plan, que la maîtrise des mers est essentielle à la victoire finale,  car sans la capacité de transport qu’offrent les bateaux, il est impossible d’acheminer hommes et matériels sur le front et, par là même, de remporter la victoire.  

Si ce livre est une formidable synthèse, il souffre néanmoins de quelques défauts (il le faut bien !). Tout d’abord, un – qui ne peut être imputé à l’auteur – mais assez récurrent : la mauvaise traduction de certains termes. Le plus symbolique, et assez courant dans la littérature est la traduction du grade captain par capitaine ! Le terme approprié est  « capitaine de vaisseau » ou commandant en français, l’appellation « capitaine » correspondant à lieutenant de vaisseau (rien n’est simple…). Par ailleurs, on peut reprocher à l’auteur de ne pas trop faire état du rôle de la Marine française dans ce conflit en dehors de la tragédie de Mers-El-Kébir ou des débarquements en Afrique du Nord. Le débarquement de Provence est expédié en quelques lignes alors que Marine française y joue un rôle important… Il semble que cela soit un tropisme anglo-saxon qui se reflète aussi dans la bibliographie ou, quasiment tous les travaux en français – fort peu nombreux à être cités – sont très ancien et se bornent souvent à des témoignages. Il n’est pas fait référence, sans doute en raison de leur absence vraisemblable de traduction en anglais, aux ouvrages de Philippe Masson, de notre camarade, F-E Brézet sur la marine allemande, de Bernard Costagliola sur la marine de Vichy et des ouvrages du Service historique de la Défense.

CC(R) Lionel DUHAULT
Président de la section Basse-Normandie
11/01/2021

Histoire navale de la Seconde Guerre mondiale
Craig L. Symonds
Perrin

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