Pour une révolution dans la mer. De la surpêche à la résilience

Souvent pervertie dans son appellation par des biais idéologiques ou des intérêts partisans, l’écologie est, quand il s’agit d’une science, une approche irremplaçable des interactions entre les milieux naturels et la chaîne des êtres vivants qui les habitent, dont les sociétés humaines à leur sommet, avec la notion clef de l’écosystème. Il est donc plus que légitime d’appliquer cette approche au monde marin, d’autant que, ces dernières décennies, les océans n’ont été pleinement pris en compte dans les enjeux environnementaux mondiaux que dans une seconde étape, surtout à partir de la COP 21 à Paris, grâce à la « Plateforme Océan et Climat ». Un des enjeux majeurs de la mer pour l’humanité réside dans les ressources halieutiques et dans leur préservation pour la survie non seulement des animaux marins mais aussi des hommes, face aux menaces mondiales de la surpêche.

Tel est le thème essentiel du gros et dense livre de Didier Gascuel, professeur d’écologie marine, qui l’aborde à fond, à partir d’une exposition savante mais claire et bien écrite des écosystèmes marins, à l’équilibre desquels il associe les sociétés, également dans leur évolution historique, pour comprendre l’avènement de la surpêche actuelle. La partie n’est pas perdue, toutefois, et il applique à ce domaine le concept nouvellement répandu de résilience, permettant de comprendre les capacités d’un écosystème à survivre et à se régénérer en situation de crise. L’auteur aborde ainsi les politiques nationales et supranationales (notamment dans le cadre de l’Europe bleue pour l’UE) et de nombreux exemples sont précisés, comme la réussite de la gestion actuelle de la pêche française aux coquilles Saint-Jacques dans la baie de St-Brieuc, où la préservation de la ressource s’allie à celle des pêcheurs artisanaux locaux. Il met aussi en garde, dans la perspective de la longue chaîne écologique, contre la fausse bonne solution, selon lui, d’une pisciculture surtout fondée sur la prédation de stocks de poissons sauvages pour l’alimentation des élevages. Est alors exposée l’idée originale d’une économie du vivant en mer qui n’est pas nécessairement appelée à suivre celle des ressources biologiques terriennes depuis l’invention de l’agriculture mais à rester tributaire de la faune sauvage, tout en apprenant à la préserver.

Larges et profondes sont les perspectives de Didier Gascuel, qui offre les clefs écologiques d’une géopolitique de la faune marine, également dans les enjeux mondiaux du développement, essentielles pour comprendre la survie des océans et des hommes qui en dépendent.

CV(R) Marc LEVATOIS
01/07/2019

Pour une révolution dans la mer. De la surpêche à la résilience.
Didier Gascuel,
Actes Sud, collection Domaines du possible.

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