Parenthèse Patagone

Aude Picault, auteur de romans graphiques, aime naviguer. Et raconter ses aventures dans un style qui est celui de notre époque, entre blog et autofiction. Déjà, en 2009, elle avait mis en scène sa première traversée atlantique dans Transat, un album qui n’était pas passé inaperçu. Elle récidive cette année avec la publication de cette Parenthèse Patagone qui ouvre avec légèreté la porte d’un dépaysement fugitif.

L’idée d’une navigation en Patagonie surgit à l’occasion d’une sortie dans le golfe du Morbihan. Nourrie de recherches, elle mûrit. « Un million cent quarante mille cinq cent trente-deux kilomètres carrés, sur lesquels s’étirent la Cordillère des Andes, la pampa herbeuse, des forêts primaires, des glaciers, et une côte pacifique morcelée, craquelée, émiettée en milliers d’îles, îlots, archipels, fjords et canaux inhabités. Ce sont ces canaux qui nous intéressent. N’étant pas accessibles par la route (il n’y en a pas), il faut trouver un bateau. »

En novembre 2013, la narratrice s’offre avec son compagnon un embarquement sur un voilier charter, « l’Île d’Elle » et une croisière qui la mènera, entre Argentine et Chili, le long du canal Beagle et autour de l’île Gordon, d’Ushuaia à Puerto Williams. Accompagnée des propriétaires Jean-Yves et Sandrine, elle découvre le bar du « Micalvi », bateau de transport échoué en 1961 reconverti en ponton, passe le phare des Eclaireurs, et embrasse émerveillée des panoramas vierges. Le mont Beagle, quelques sommets de la cordillère Darwin et les glaciers en recul qui vêlent des icebergs sont autant de belles surprises. Les promenades en milieu sauvage lors des accostages également. Quant au mauvais temps, entre neige, grêle, et williwaws, qui l’oblige à rester cloîtrée dans sa cabine, il est l’occasion pour elle – et pour le lecteur – de découvrir l’histoire de cette extrémité du bout du monde.

Les textes, au ton sobre mais non dénués de poésie, entraînent le lecteur dans cette rêverie. Surtout, les cartes, récurrentes, lui permettent de suivre par procuration la navigation et de ne pas se perdre dans le dédale de caletas et bahias où mouillent successivement nos héros ordinaires. Si ceux-ci sont croqués assez simplement (Soledàd ou Margaux Motin ne sont pas loin), les paysages au crayon et à l’aquarelle confèrent sa vraie dimension à cet ouvrage, au point que l’on regrette qu’ils n’occupent pas plus d’espace.

Aude Picault réussit son pari de nous transporter dans son univers. Cette parenthèse, pour elle comme pour le lecteur, porte bien son titre. Par sa brièveté et sa légèreté, il s’agit là d’un ouvrage qui apporte pour quelques instants plaisants, une suspension aérienne au temps présent, une évanescence dans un monde flottant.

C.C. (R) Jean-Pascal DANNAUD
18/10/2015

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