Le réducteur de vitesse

PMO_LeReducteurDeVitesseAvant d’être largement connu pour son fameux diptyque Quai d’Orsay, Christophe Blain, qui a été affecté sur le Tourville au début des années 90, avait publié Carnet d’un matelot, témoignage sur la vie quotidienne des appelés du contingent à bord d’un bâtiment de combat et, en 1999, un conte mystérieux inspiré de son expérience, Le réducteur de vitesse, qui vient d’être réédité.

A l’époque où le service militaire constituait un passage vers l’âge d’homme, le jeune Georges Guilbert, étudiant en océanographie, est affecté à Brest et embarque à bord du cuirassé Le Belliqueux. Il y fait vite la connaissance d’autres matelots, parmi lesquels un écrivain, Louis Blinault, timonier comme lui, et Nordiz, le bosco. Le bâtiment appareille bientôt, dans une mer houleuse et grise, à la recherche d’un mystérieux sous-marin. Guilbert et Blinault sont sujets à un terrible mal de mer. Nordiz leur propose de descendre dans les fonds, là où le roulis sera supportable. Ils découvrent la chaleur étouffante, l’obscurité, les odeurs de fuel. Et dans les salles des machines, se retrouvent face à la pièce maitresse du navire : le réducteur de vitesse. Un stupide et tragique incident survient. Commence alors pour les trois camarades une descente aux Enfers dont aucun ne sortira indemne.

Le réducteur de vitesse est une fable fantastique, où se mêlent tout à la fois un certain réalisme et une dramaturgie très wagnérienne.  Car si l’on a pu connaitre l’attente de l’affectation, le nettoyage des coursives, les discussions entre officiers sur le pont, la figure impassible du pacha ou l’humour caustique du toubib, la théâtralité est en revanche patente devant les dimensions du bâtiment – véritable citadelle sur l’eau – et le gigantisme insondable des fonds du navire. La démesure, assumée et caricaturale, permet de dépeindre ce qui dépasse ces jeunes matelots : la fatigue, la cinétose irrépressible, l’anxiété devant la hiérarchie, la peur du combat en mer …

Si le début de l’histoire présente une ligne assez sage, le trait et les couleurs deviennent vite plus vifs pour figurer avec adresse ces ambiances angoissantes. Le rythme ainsi donné déborde littéralement au fil de l’histoire, avant de reprendre un lit apaisé sur la fin. Aussi, par leur puissance évocatrice, le style et le scénario donnent de vraies sensations au lecteur, tenu en haleine tout du long. D’autant que différents niveaux de lecture se juxtaposent et rendent le récit à la fois abordable et captivant.

Pour ceux qui auraient raté la première édition, inutile de dire qu’il est grand temps d’embarquer dans cet univers riche et complexe. De cette histoire cruelle et touchante, inexorable et empreinte d’humanité, les anciens tireront des images familières, les plus jeunes des frissons garantis.

Une réédition à ne pas manquer.

LV (R) Jean-Pascal DANNAUD 

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