Nouvelle histoire de l’Indochine française

Pourquoi créer un point de relâche en Indochine ? Pour satisfaire la Marine ? Pour favoriser le commerce ? Pour protéger les missions et les catholiques ? Pour ne pas laisser à l’Angleterre le monopole des affaires asiatiques ? Telles sont les questions qui agitent les ministères dès le 18ème siècle. Mais on ne parle pas de colonisation. Tout se noue au 19ème siècle, sous le second Empire : 1856, guerre contre la Chine, en association avec l’Angleterre, en représailles de plusieurs massacres, 1858, prise des forts de Tourane, 1859, occupation de Saïgon. Dans les années qui suivent, des traités sont signés avec l’empire d’Annam, reconnaissant les possessions françaises, puis avec le Cambodge, établissant un protectorat.

Tel est le point de départ de cent ans de présence française en Indochine racontés de façon très fluide et très claire dans cette Nouvelle Histoire de l’Indochine française. L’auteur, François Joyaux disciple de Jean-Baptiste Duroselle à la mémoire duquel le livre est dédié, place son récit sous le signe des relations internationales et de la durée longue. Cette période de cent ans est décrite comme une guerre de longue haleine entre la France et la Chine, la lutte de deux impérialismes. L’empire chinois, affaibli au 19ème siècle, est d’abord contraint d’accepter la mainmise coloniale de la France sur ses anciens vassaux, les royaumes d’Annam, du Laos et du Cambodge. Mais lorsque la France, affaiblie à son tour par deux guerres mondiales, se retrouve seule, sans soutien de ses alliés occidentaux, en particulier des Etats-Unis, hostiles à toute colonisation et qui réalisent trop tard la menace d’une mainmise communiste sur l’Indochine, alors la Chine, où l’empire a laissé la place à la République populaire, fera tout pour rejeter la France hors d’Asie. Elle soutiendra militairement les indépendantistes communistes vietnamiens : la France sera dès lors contrainte de se retirer et perdra pour toujours son empire asiatique.

Tout empire périra : c’est le titre d’un célèbre ouvrage de Jean-Baptiste Duroselle. La leçon est amère.

Le récit de François Joyaux permet de bien comprendre l’enchaînement des faits, le rôle de tous les acteurs de cette histoire, les partis en métropole, les gouvernements successifs, les groupes d’influence, la franc-maçonnerie, le parti catholique, les puissances étrangères, les militaires, et cela dans l’ambiance colonisatrice qui prévalait sous la troisième république. Il présente avec clarté la géographie de cette pointe sud-est de l’Asie et les particularités de la civilisation multiséculaire qui l’habite.

Enfin, le livre retrace le rôle éminent de la Marine française dans l’histoire de cette colonie. Après la conquête où sa part fut essentielle, tous les gouverneurs de Cochinchine furent des amiraux jusqu’en 1879. De nombreuses expéditions visant à explorer les nouveaux territoires furent ensuite entreprises par des marins. Le nom de plusieurs de nos bâtiments a conservé la mémoire des hommes et des lieux : citons Francis Garnier, Doudart de Lagrée, Mytho, Vinh Long, Lac Tonlé Sap. Voilà qui contribue à ajouter à cet excellent livre un sel particulier.

LV(H) Bruno LEUBA
02/06/2023

Nouvelle histoire de l’Indochine française
François Joyaux
Perrin

Voir également la recension du LV(H) Dominique RENIE

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