Equatoria

Sous la plume et les pinceaux de Juan Diaz Canales et Ruben Pellejero, Corto Maltese ressuscitait en septembre 2015, vingt ans après la disparition d’Hugo Pratt. Sous le soleil de minuit n’était pas un coup de maître mais un beau coup d’essai. La succession – il est vrai – était intimidante, et les auteurs s’attendaient à ce que les afficionados ne l’acceptent que sous bénéfice d’inventaire…

Deux ans plus tard, le ténébreux marin reprend à nouveau du service. Et cette fois-ci, les auteurs s’approprient pleinement et avec justesse l’univers de Pratt, mêlant avec subtilité langueur romantique, références culturelles et personnages historiques.

L’album débute à Venise sur une évocation de Lord Byron, glisse vers Alexandrie puis Zanzibar et s’achève à Equatoria, dans l’actuel Soudan du Sud. De belles femmes, comme toujours, côtoient Corto : Aïda Treat, journaliste au National Geographic, Ferida Schnitzer, fille de l’aventurier Emin Pacha, et une ancienne esclave qui se laisse appeler Afra. La quête – celle du miroir du Prêtre Jean – n’en est que plus belle. D’autant qu’elle croise le chemin du jeune Winston Churchill, d’Henry de Monfreid et du poète Constantin Cavafy.

Le gentilhomme des mers se laisse porter dans ses navigations : il n’est à la manœuvre ni des paquebots qu’il emprunte en Méditerranée, ni du boutre qui l’accueille en mer Rouge, ni du bateau à aubes qui traverse le lac Victoria.

A vrai dire, est-il même maître de sa destinée, qui le confronte au nationalisme égyptien, au trafic d’esclave et à la présence coloniale britannique ? S’il mord la vie avec ardeur et désinvolture, s’il fait face à ses soubresauts avec bravoure et – parfois – rudesse, Corto n’en est pas moins un passager. Quel but est le sien ? Nul ne sait. Pas même lui qui commente simplement, non sans élégance : «  l’aventure méritait d’être vécue ».

L’érudition de cet album, son atmosphère, ainsi que le trait, les cadrages et la mise en ombres et lumières, font d’Equatoria une très belle réussite, où le voyage importe plus que la destination. Comme chez Pratt, qui a désormais de dignes successeurs.

A noter qu’il existe deux versions de cette aventure, l’une en couleurs (80 pages), l’autre en noir et blanc (88 pages).

CC(R) Jean-Pascal DANNAUD
09/10/2017

 

Juan Diaz Canales et Ruben Pellejero
Equatoria
Casterman, septembre 2017

Voir aussi la recension du CV(H) Alain M. BRIERE

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