Le Zorg – la tragédie à l’origine de l’abolition de l’esclavage
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Construit en quatre temps principaux, le récit que consacre Siddharth Kara à l’affaire du Zorg débute à la façon d’un manuel. Présentation des investisseurs, de l’homme en charge de l’expédition (le capitaine), de celui responsable de s’assurer de la qualité de la marchandise (un chirurgien de marine) ainsi que de divers intermédiaires : marchands arabes, clans africains de l’intérieur des terres ou de la côte et responsables des forts tenus par les puissances coloniales sur les rivages du golfe de Guinée. Un manuel de commerce puisque c’est de cela dont il s’agit et l’auteur s’attache à décrire avec minutie l’horrible mécanique du commerce des esclaves et les juteux bénéfices qu’il peut engendrer au mépris de la vie humaine. Il y a comme deux mondes qui cohabitent d’abord dans cette première partie du récit. Celui des marchands, des financiers et des équipages d’un côté et de l’autre celui des rafles, des marches harassantes, des brimades, des coups, des viols puis de l’enfermement dans des caves. C’est là que ces deux mondes se rejoignent, l’enfermement dans les forts de la côte n’ayant d’autre issue que la mort ou les cales d’un navire puis le travail forcé dans des propriétés dans les Caraïbes. Le récit, riche et documenté au-delà du seul cas du Zorg, pourrait presque s’arrêter là. Le lecteur serait déjà suffisamment informé et édifié.
Mais le deuxième temps du livre débute, celui du drame. Car à l’horreur « ordinaire » s’ajoute un mélange de manque de chance, d’incompétence, d’inconséquence et de cupidité qui, après de nombreuses péripéties, conduit l’équipage du navire négrier à jeter vivants à la mer une partie des esclaves captifs à bord.
Cette cupidité ne semble pas avoir de limites car l’armateur porte en justice non pas le meurtre des esclaves mais le refus de son assureur de lui rembourser la « marchandise » perdue. C’est le troisième temps du livre, celui du procès. On le suit dans un mélange de fascination et d’effroi, dans l’attente de son issue, pour les arguments développés et pour le mépris affiché par certains pour la vie des esclaves. Les tenants de l’abolition ne s’y trompent pas et tentent de faire du procès une caisse de résonnance pour dénoncer la traite.
Le combat se poursuivra après le procès et Siddharth Kara, quatrième et dernier temps du livre, montre comment son retentissement sera régulièrement utilisé les années suivantes pour appuyer les arguments des abolitionnistes.
Le Zorg. La tragédie à l’origine de l’abolition de l’esclavage est ainsi un récit très complet qui s’attache à décrire dans le détail la mécanique de la traite négrière à travers le prisme de cette affaire terrible et de son retentissement ultérieur. Le récit est bien construit et documenté mais aussi incarné à travers les différents protagonistes de l’affaire, du côté des marchands comme de celui des esclaves ou des autres acteurs (juges, assureurs, militants abolitionnistes…) ce qui rend le livre à la fois instructif mais également passionnant.
Commissaire en chef de 1ère classe Gonzague AIZIER
09/09/2026
Le Zorg – la tragédie à l’origine de l’abolition de l’esclavage
Siddarth Kara
Préface de Christiane Taubira
Paulsen
Voir également la recension du LV(H) Dominique RENIE

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