Une revanche française de la guerre de Sept Ans à la guerre d’Amérique 1763-1783

1763 ! Année noire pour la couronne de France, concluant une série de défaites humiliantes : sur terre, Rossbach (1757), sur mer, Lagos puis les Cardinaux (1759), au Canada la chute de Québec (1759), en Inde celle de Pondichéry (1761). Le conflit se solde, en fin de compte, par la perte quasi-totale du Canada et de l’Inde française (dont, il est vrai, les élites françaises, dans leur majorité, ne conçoivent pas vraiment la gravité).

Toutefois, pour paraphraser une déclaration célèbre, « la France a perdu UNE guerre, mais la France n’a pas perdu LA guerre ». Et les vingt années suivantes vont être dominées par l’espoir et la volonté de la revanche. Leur âme, du moins au début, va être concrétisée par les actions des deux Choiseul : Étienne-François de Choiseul, secrétaire d’État à la Guerre et à la Marine en 1761, puis aux Affaires Étrangères en 1766, et son cousin, César-Gabriel de Choiseul-Praslin, secrétaire d’État aux Affaires Étrangères en 1758, puis à la Marine en 1766. À eux deux, et jusqu’à leur disgrâce à la fin de 1770, ils vont donner une irrésistible impulsion au redressement du royaume. La signature du « pacte de famille », traité d’alliance renforcée entre les Bourbons de France et ceux d’Espagne, sera leur première grande réussite, et, dès 1765, le mémoire au roi, remis par Choiseul à Louis XV, détaillera les conditions de la revanche. Citons aussi cette initiative de génie qu’est le don des vaisseaux, souscription lancée par le ministre pour combler les pertes de la Marine royale en incitant les provinces, les villes, les corporations, et même les particuliers, à contribuer à la reconstitution de la flotte et qui permettra de construire dix-huit vaisseaux de ligne.

Bref, tout est prêt pour la seconde reprise, lorsque la politique intransigeante de George III d’Angleterre à l’égard des colons britanniques d’Amérique provoque la révolte de ceux-ci en 1773. La suite, on la connaît : d’abord réticente, la France de Louis XVI se contente au début de laisser partir des volontaires ou d’autoriser des négociants, comme Beaumarchais, à vendre des armes aux Insurgents. Puis progressivement, l’assistance française prend de plus en plus d’ampleur, tant aux Antilles, avec l’énergique et entreprenant marquis de Bouillé, que sur le territoire continental américain lui-même, avec l’envoi du corps expéditionnaire du marquis de Rochambeau. Et enfin, après les victoires décisives de la Chesapeake sur mer et de Yorktown sur terre (sans oublier Suffren aux Indes), les Anglais doivent s’avouer vaincus.

Le 3 septembre 1783, le nouveau traité de Paris, qui entérine l’indépendance des États-Unis d’Amérique, vient effacer la tache déshonorante laissée par son homonyme du 10 février 1763, qui avait consacré la victoire d’Albion.

Hélas ! Tout se paye et l’auteur ne peut s’empêcher d’évoquer les conséquences imprévues que cette incontestable réussite va entraîner : désastreuses en France sur le plan économique, dramatiques sur le plan social, et aboutissant, à travers une succession de péripéties militaires et politiques inattendues, à un bouleversement irréversible de l’équilibre européen.

Il s’agit donc là d’un ouvrage très riche et du plus haut intérêt pour les amateurs d’histoire, mais qui aurait peut-être gagné à un peu plus de concision.

CV(H) Philippe HENRAT, de l’Académie de marine
21/06/2026

Une revanche française de la guerre de Sept Ans à la guerre d’Amérique 1763-1783
Henri Ortholan
Bernard Giovanangeli Editeur

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