Léon, les écrits retrouvés de Pépé
- Auteur LV(H) Bruno LEUBA
- Publié dans Bandes-dessinées, Recensions
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A la mort de sa grand-mère, Frédéric Bihel a recueilli des objets appartenant à son grand-père Léon. Puis, sa tante lui légua les écrits de Pépé. Il fallut lire et déchiffrer des vieux papiers, des documents, des albums souvenirs contenus dans de vieux cartons et jamais ouverts depuis des années. Ainsi se dévoile le charme d’une vie qui ressuscite.
Frédéric Bihel, illustrateur de bandes dessinées et scénariste, nous raconte la vie de son grand-père dans un roman graphique d’où émanent beaucoup de tendresse et d’affection familiale. Il se souvient de Léon, ce Pépé qui est mort quand il avait lui-même vingt-quatre ans. Pépé fut marin de 1930 à 1965 et son petit-fils ne l’a connu que terrien. Le livre reprend lettres, courriers et écrits divers de Pépé, de sa famille et de ses amis. L’auteur les accompagne de commentaires qui explicitent sa propre recherche en même temps que la vie de Pépé.
Les dessins sont réalistes et élégants, les couleurs sont dans les bleus et les gris, avec une grande puissance d’évocation, dans une mise en page harmonieuse. Il en ressort une certaine nostalgie, qui parcourt tout le récit. Pourquoi n’avons-nous pas mieux connu ceux que nous aimions ? Qu’ont-ils souffert que nous n’avons jamais su ?
Né en 1917 en Normandie, Léon a 13 ans, lorsqu’il entre à l’Ecole des mousses à Brest. Il sera timonier. L’école se fait sur l’Armorique puis sur le Rhin. Il embarque sur le croiseur Foch, flambant neuf en 1933, puis sur le Verdun. En 1940, il est sur le Maillé-Brézé qui participe à la campagne de Norvège. Le bateau coule accidentellement le 30 avril, dans l’estuaire de la Clyde. Léon se réveille à l’hôpital en Ecosse. Il y est bien soigné, bien entouré, il en sera reconnaissant et en gardera le souvenir. Il reçoit de France la nouvelle de la naissance de son premier fils.
Mais l’armistice du 22 juin 1940 va rebattre les cartes. Les Français alliés deviennent des traîtres aux yeux des Anglais. Léon se retrouve interné dans un camp en Angleterre. Trois mois de souffrance et d’incompréhension, pendant lesquels il écrit beaucoup, lettres, récits, poèmes, jusqu’à son rapatriement en octobre 1940. Il sera à Toulon lors du sabordage de la flotte en novembre 1942. Il échappe au STO, puis devient journaliste à l’Echo du Marin. Il vit seul à Paris qu’il quitte le 2 juin 1944 pour retourner chez lui en Normandie. C’est la fin de la guerre. Il ira encore en Indochine en 1953.
Léon a vécu sa vie de marin dans une triste et difficile époque pour la Marine et les marins. Elle est racontée ici avec sobriété, sans jugement ni amertume ou parti pris, avec une certaine tristesse. De nombreuses recherches que l’auteur mène avec curiosité, lui ont permis de retrouver ce temps, de comprendre le métier de marin qui ne lui était pas familier et de rassembler entre images et textes un destin. Il a redécouvert son grand-père et en reconstitue l’histoire avec beaucoup de sensibilité : « raconter la vie de quelqu’un c’est raconter une histoire à partir de fragments, de morceaux… et aussi de ce qui manque. » Un beau livre.
LV(H) Bruno LEUBA
21/06/2026
Léon, les écrits retrouvés de Pépé
Frédéric Bihel
Futuropolis

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