La marine de la Révolution– l’étrange victoire

L’étrange victoire est la paix d’Amiens de 1802. La République française a vaincu tous ses ennemis en Europe et la Deuxième Coalition s’est désintégrée. Les Britanniques restent maitres des mers et du commerce mondial et la France garde ses conquêtes et récupère ses colonies. Le choc a été rude en Grande Bretagne où il a contribué au désir de paix, mais celle-ci ne durera que 13 mois.

La Marine de la République a été une menace constante, impossible à écarter, mais elle a reçu bien plus de coups qu’elle n’en a donnés. Elle a perdu beaucoup de vaisseaux, pour des raisons techniques comme l’électrolyse entre le doublage en cuivre et le chevillage en fer, ou lors des combats contre les Britanniques comme celui d’Aboukir en 1798. Elle a rencontré de grandes difficultés de recrutement, la Chouannerie et les guerres de Vendée ont touché des régions qui traditionnellement lui fournissaient hommes et ravitaillement. Les idées nouvelles se sont répandues dans les équipages et la discipline traditionnelle souvent remise en cause a nécessité d’innover dans l’art du commandement. N’ayant plus la puissance nécessaire elle a renoncé aux combats d’escadre contre la Royal Navy pour se consacrer à une guerre au commerce britannique 

Cette perte de puissance par rapport à la période de la fin du règne de Louis XVI conduit les historiens à considérer cette période révolutionnaire comme catastrophique pour la Marine. Olivier Aranda fait une autre lecture des événements. Le combat du 13 Prairial an II (1er juin 1794) par exemple, entre l’escadre française de Villaret de Joyeuse et l’escadre anglaise de Howe, a été une sévère défaite pour les Français qui ont perdu sept vaisseaux et des milliers de marins tués ou prisonniers, alors que les Anglais n’ont perdu aucun vaisseau. Mais pour les Français, l’essentiel n’était pas là, l’énorme convoi de ravitaillement provenant des Etats Unis, que Villaret de Joyeuse était chargé de protéger à son arrivée, est passé sans encombre. Victoire tactique pour les Anglais, stratégique pour les Français.

Dans son ouvrage The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783, le grand historien naval Alfred Thayer Mahan écrivait : Si l’on veut ruiner la puissance maritime de l’adversaire, couper ses communications avec ses établissements, tarir avec son commerce les sources de sa richesse, rendre possible la clôture de ses ports, l’objectif des attaques doit être la force militaire organisée qu’il entretient sur mer, c’est-à-dire sa marine. À ces procédés de guerre [..]l’Angleterre dut la suprématie maritime […] Aux procédés contraires, la France dut le manque de prestige de sa marine »

Et dans son autre ouvrage The influence of sea power upon French Révolution and Empire 1793 – 1812, il fustigeait les consignes du gouvernement français, qu’il considérait comme timoré, d’éviter le combat d’escadre pour se consacrer à la guerre au commerce.

Olivier Aranda estime que le refus du combat érigé en système par la France à cette époque n’était pas tenable à long terme. Mais la réalité de l’état de la Marine, dont le nombre de vaisseaux et leur valeur militaire étaient inférieures à ceux de l’ennemi, n’offrait pas d’autre choix. Le sujet mérite d’être encore approfondi.

CV(H) Gérald BONNIER
09/06/2026

La marine de la Révolution – l’étrange victoire
Olivier Aranda
PASSÉS/COMPOSÉS – Ministère des Armées

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