Ouessant, Molène, Houat, Bréhat

Du linge qui sèche sur un fil en plein vent alors que des nuages montent à l’horizon, un marchand de presse avec des seaux de plage empilés dans l’entrée et des présentoirs où des cartes postales se gondolent en attendant le client, une maison de maître aux volets fermés et au chemin d’accès entravé par des herbes hautes, des pins aux ramures dissymétriques à force de subir le vent, des ex-voto et des statues de saints dans une église qu’on imagine fraîche et légèrement humide en réprimant un mouvement instinctif des épaules.

Des routes fréquentées par de rares voitures. Des falaises, des étendues d’herbe surplombant la mer, des rues, des grèves et des plages parfois au sable tantôt fin ou grossier, souvent désertes et plus rarement occupées par des silhouettes : deux adolescents qui jouent dans un jardin, un couple qui s’éloigne en se tenant la main, quelques personnes sur une plage qui semblent n’être que de passage ou se sont avancées dans l’eau mais seulement jusqu’à mi-cuisse sans manifester d’intention de s’aventurer au-delà, loin des corps offerts au soleil et aux regards de la série Beach Therapy de Martin Parr.

Avec ces photographies au goût d’avant ou d’arrière-saison dans les îles de l’ouest, Bernard Plossu nous offre le privilège de l’accompagner dans ses déambulations. Des déambulations empreintes d’une certaine nostalgie mais aussi d’une disponibilité à l’instant, aux paysages, aux ambiances, à l’oiseau marin qui traverse soudain un coin de ciel, à la lumière du couchant qui se glisse pour quelques minutes entre des nuages bas et l’horizon, à une voiture dont les phares éclairent un village comme cadenassé pour la nuit. Les photographies de Bernard Plossu prennent aussi une certaine épaisseur, un certain grain lorsque l’air se charge d’humidité et ne font alors que mieux ressentir le vent qui fouette, les embruns et les premières gouttes de l’averse qui monte, attendue dans un mélange d’effroi et d’excitation.

Les images et les instants captés par Bernard Plossu s’intercalent avec des textes sensibles de Gwénaëlle Abolivier, familière d’Ouessant (Tu m’avais dit Ouessant, Le mot et le reste, 2019) tout comme elle l’est des bords de Loire, ce dont elle avait rendu compte dans La forme du fleuve (Le mot et le reste, 2023), immersion sur les berges du grand fleuve et sur les traces de Julien Gracq. Les vers libres de Gwénaëlle Abolivier disent la mer, la lumière, le vent, les oiseaux et esquissent également la forme de retrait du monde que semble avoir constitué ce voyage. Une mise à l’écart propice, en arrière-plan aux marches sur les sentiers, les grèves et le long des champs et des jardins, à une descente en soi et à un ralentissement du temps en une introspection dont nous savons dans cet instant aboli que nous allons repartir autre et semblable à la fois.

Repartir autre et semblable à la fois, c’est tout ce qui peut être souhaité au lecteur ou au simple feuilleteur de ce livre délicat qui a le pouvoir de faire remonter des souvenirs d’enfance sur le littoral atlantique au-delà des seules îles parcourues, ce qui n’est pas le moindre de ses charmes.

Commissaire en chef de 1ère classe Gonzague AIZIER
09/05/2026

Ouessant, Molène, Houat, Bréhat
Bernard Plossu et Gwénaëlle Abolivier
Bernard Chauveau Edition

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