Quatre siècles de Marine nationale

En vérité, voici un merveilleux ouvrage, fruit de la plume érudite du professeur Alain Boulaire qui fut à Brest, pendant bien des années, l’âme et la cheville ouvrière de l’historiographie navale. Il comblera aussi bien les fervents de cette discipline que les esthètes qui en apprécieront les nombreuses illustrations judicieusement choisies. Sans doute s’étonnera-t-on de la possibilité de retracer, d’une manière aussi exhaustive qu’explicite, dans un espace aussi restreint (une centaine de pages environ), les heurs et les malheurs de la Marine française depuis 1626 jusqu’à nos jours. Et pourtant, cet incroyable tour de force, Alain Boulaire a su l’accomplir. Certes, qu’il évoque les grandes batailles navales de Bévéziers, la Chesapeake, Trafalgar ou Navarin, rien de plus normal. Mais il trouve le moyen d’insérer de copieuses notices sur les expéditions de Kerguelen et de La Pérouse. Mieux encore, nous découvrons, au fil de cet ouvrage, outre une mention élogieuse de l’Académie de marine, des faits beaucoup moins connus, tels que le « don des vaisseaux » (p. 38-39), gigantesque souscription organisée par Choiseul dans l’ensemble du royaume et qui permit de construire dix-sept bâtiments de ligne. Des évènements qui pourraient sembler secondaires sont consciencieusement rappelés, par exemple la prise des îles de Saint-Martin, Saint-Eustache et Saint-Christophe par le marquis de Bouillé en 1781-1782 (p. 49-50), la fructueuse croisière du capitaine de vaisseau Lhermitte en 1805 (p. 83), le miraculeux sauvetage des Arméniens réfugiés sur le Musa-Dagh en 1915 par l’amiral Dartige du Fournet (p. 129), la défense du canal de Suez en 1914-1915 par les hydravions du lieutenant de vaisseau de L’Escaille (p. 124) et, bien sûr, la grande ordonnance (trop peu connue) de juin 1844 (p. 101), qui réorganisa l’administration de la Marine, tout comme l’exposé détaillé du désastreux conflit qui opposa les partisans de la « Jeune École » à ceux de l’« École historique » entre 1878 et 1887 (p. 117-120).

Bref, ce livre, petit de taille mais au contenu prodigieusement riche, ouvert par une préface pertinente de l’amiral Rogel, ancien chef d’état-major de la Marine, et s’achevant sur une photographie du plus récent fleuron de notre Flotte, la frégate Amiral Ronarc’h, est un authentique chef d’œuvre, tant par la qualité du texte que par le choix judicieux de ses nombreuses et magnifiques illustrations.

CV(H) Philippe HENRAT
de l’Académie de marine
22/09/2026

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