Sea Power ? De Grasse et Vaudreuil – Durer en opérations
- Auteur CV(H) Gérald BONNIER
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Dans un précédent ouvrage paru en 2023 : L’Amiral de Grasse et l’indépendance américaine – Commander en opérations, les auteurs se sont intéressés à l’action de l’Amiral commandant la force navale envoyée par le Roi Louis XVI de l’autre côté de l’Atlantique lors de la guerre d’indépendance américaine. Dans ce second ouvrage, c’est toute la campagne de cette force qui est considérée, depuis l’appareillage de Brest le 22 mars 1781 des vaisseaux du Lieutenant général des armées navales de Grasse, jusqu’au retour dans le même port des vaisseaux du marquis de Vaudreuil le 17 juin 1783. Deux grandes batailles marquent cette campagne : celle de la Chesapeake le 5 septembre 1781 où les vaisseaux français empêchent les vaisseaux britanniques de pénétrer dans la baie et de secourir Yorktown et celle des Saintes le 12 avril 1782 où De Grasse, dont le vaisseau Ville de Paris est isolé et à court de munitions, doit se rendre à Rodney. Vaudreuil prend alors le commandement d’une escadre qui n’a pas été détruite et qui a rempli sa mission, le convoi marchand qu’elle protégeait est passé.
Ces deux tomes représentent une somme de travail considérable qui, selon Olivier Chaline, s’est échelonné sur une douzaine d’années. Mais quelles leçons peut-on tirer de cette étude extrêmement détaillée de l’expédition de De Grasse outre Atlantique ? La réponse se trouve dans les conclusions du premier ouvrage, de la plume de l’amiral Christophe Prazuck – chef d’état-major de la Marine de 2016 à 2020 – qui retient quatre idées maitresses.
La première est la vision politique qui motive l’opération. L’ambition française part à l’assaut de la puissance britannique, à l’ouest avec les espagnols de la Jamaïque à la Chesapeake, à l’est sur la côte du Coromandel. « C’est une guerre mondiale » pour laquelle le marquis de Castries, secrétaire d’état à la Marine, a engagé de gros moyens et a pris des risques en mobilisant un tiers des vaisseaux du roi (34 vaisseaux en octobre 1781), pour un temps indéterminé.
La seconde concerne la stratégie : la concentration des forces. Le matin de la bataille de la Chesapeake, De Grasse à l’avantage numérique sur l’escadre britannique. « Ce qui semble simple est en réalité un tour de force qui résulte de la conjonction de plusieurs facteurs ». Planification, intuition et chance permettent aux vaisseaux français provenant des Antilles et de Newport (Rhode Island) de se regrouper et de faire de la baie de la Chesapeake un piège pour les Britanniques, en coordination avec les troupes de Washington, Rochambeau et La Fayette.
La troisième idée maitresse concerne le commandement tactique de la flotte. « Il est frappant de noter que les relations sont mauvaises tout au long des chaines de commandement françaises et anglaises. On doute de ses chefs, on rechigne à exécuter leurs ordres, on les critiques, on les dénonce aux autorités supérieures ». De Grasse ne délègue pas à ses subordonnés, ce qui est indispensable pour commander une escadre de vaisseaux dont certains sont hors de vue. « Cependant il excelle dans cette opération qui serait qualifiée aujourd’hui d’amphibie, c’est ce qu’on fait de plus compliqué en matière d’opérations militaires ».
La quatrième est « l’usure de la force navale, sa capacité à durer réduite par l’absence de point d’appui ». « Le temps, la rusticité des conditions de vie ont usé les hommes et leurs chefs. La qualité du commandement s’est singulièrement érodée ». Certains vaisseaux restent en campagne plus de deux ans, alors que le seul port capable de les recevoir, Fort Royal à La Martinique, ne dispose que de moyens très réduits pour les réparations et les carénages. Les rechanges, les vivres doivent être amenés depuis Brest et subissent les aléas des convois dans la traversée de l’Atlantique.
Pour l’amiral Prazuck « des centaines d’événements et de situations » décrites dans cet ouvrage « doivent donner à penser aux marins d’aujourd’hui sur la conduite d’une opération navale, sa préparation, son soutien et sa réussite ».
CV(H) Gérald BONNIER
11/01/2026
Sea Power ? De Grasse et Vaudreuil – Durer en opérations
Sous la direction d’Olivier Chaline, Jean-Marie Kowalski et Pierre Le Bot
Sorbonne Université Presse

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