Atlantique, le grand livre de l’océan
- Auteur CF(H) Philippe PIZEINE
- Publié dans Livres, Recensions
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Un livre pensé et coordonné par Emmanuel de Fontainieu – directeur du Centre international de la mer, à la Corderie Royale de Rochefort
L’avant-propos l’annonce clairement : cette œuvre ne veut pas « tout dire » mais plutôt embarquer le lecteur à bord d’une vingtaine d’histoires méconnues et porteuses de belles découvertes. Une suite de surprises, donc, servie par autant de textes de qualité, accompagnées de photos spectaculaires et d’un bel écrin iconographique, dessiné, peint par Marie Détrée, illustré par Jean-Benoît Héron.
Les textes et entretiens sont signés Erik Orsenna, François Xavier de Crecy, Loic Chauveau, Jean Didier Urbain, Thierry Sauzeau, Hugo Verlomme, Adrien Motel, Olivier Le Carrer, Olivier Poivre d’Arvor, Pauline Poisson pour ne citer que la moitié des contributeurs de ce livre, tous hommes, femmes de talent, liés de près à l’eau salée et « passeurs de mémoire maritime »
La démonstration majeure ce livre ? Toutes les mers et océans sont connectés à l’Atlantique, vortex initiateur des principaux courants marins et climats de notre planète mais aussi tremplin au départ des premiers commerces au long cours et de leur cohorte de richesses, de rêves, d’aventures, de misères. Cet océan est encore une plateforme privilégiée pour l’observation de la plupart des phénomènes marins qui peuvent bien plonger, naviguer, flotter, dériver, voler, bref exister sur les cinq océans.
Les cinq chapitres du livre s’inscrivent dans ce fil conducteur, privilégiant une perspective inattendue selon l’axiome d’Éric Orsenna « Ecrire et naviguer c’est pareil : pas de route préétablie » (à ne pas croire in extenso).
Les 3 premiers chapitres abordent de manière originale les thèmes traditionnels du vent, des courants, des vagues et des navires. Citons pêlemêle quelques titres : Bréhat, de l’immobile au mouvant, trombinoscope de 10 marins plus ou moins inattendus, suspicion sur le ralentissement de l’AMOC (Atlantic meridional overturning circulation, soit le courant en grande partie responsable du climat chaud en Europe), la conquête balnéaire, des vagues qui seront bientôt l’énergie de l’avenir, le long périple de la houle, les risques de submersion sur les bords de terre, les navires emblèmes d’une traversée de l’Atlantique tragique ou glorieuse, par exemple les navires négriers, les long-courriers du Cap Horn, la corvette Aconit dans la bataille de l’Atlantique, le Normandie , les voiliers de course toujours plus rapides, mais aussi les navires pétroliers source des pollutions répétées du littoral Est.
Le chapitre 4, « Métissages » s’aventure au Cap Vert, plaque tournante de l’esclavagisme puis dans l’Atlantique Sud où s’est fait l’apprentissage de la navigation hauturière avant de devenir une mer portugaise essentielle pour le trafic d’esclaves entre l’Angola, le Congo et le Brésil. Il faut attendre la fin de la traite pour diluer les liens qui unissaient si fortement les deux littoraux de l’Atlantique Sud. De 1550 à 1850 l’Atlantique Sud est à la fois une voie de passage et un espace géopolitique et économique en soi. Ce voyage en terre de métissage se poursuit par une démonstration : la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb est à l’origine de la mondialisation alimentaire. L’Europe découvre maïs, pommes de terre, haricots, tomates, courges, potirons et cacao et en retour les Amériques reçoivent céréales, animaux et sucre. L’économie mondiale en sera bouleversée. La présentation des jardins créoles, survivance d’un moyen d’auto subsistance pour l’esclave, achève ce chapitre très singulier
Le cinquième et dernier thème cible le vivant sous toutes ses formes. A commencer par un regard émerveillé sur l’estran et le foisonnement, en fait très organisé, d’une myriade d’algues et de coquillages capables de survivre par des migrations cachées.
Le récit passionnant de l’épopée morutière, encadré par des photos d’époque, souligne l’importance de ce lien essentiel entre les deux rives de l’Atlantique, qui devient un véritable marqueur culturel. L’abondance extraordinaire de la morue en mer froide déclenche une ruée vers Terre-Neuve et dans une moindre mesure, vers l’Islande. La morue va susciter une véritable guerre. Les Portugais et les Espagnols sont éliminés des bancs dès le 17ème au profit des Français et des Anglais. Au 18ème ce sont 300 à 500 navires français qui traversent chaque année l’océan à partir de la Manche et de la façade atlantique. Les progrès du salage et du séchage jouent un rôle de premier plan dans le peuplement du Nouveau Monde et, plus généralement, en termes de démographie. C’est un pillage irresponsable, permis par la multiplication et le gigantisme des chaluts, qui signe le naufrage de cette épopée. Le livre poursuit l’observation du vivant par la description du fantastique cycle de vie de l’anguille européenne dont les larves sont portées sur nos côtes depuis les Sargasses par le Gulf Stream et qui, après 20 ans et trois métamorphoses, quitte nos cours d’eau douce pour se reproduire en mer des Sargasses. Le livre reprend souffle à l’air libre avec les envolées des millions d’oiseaux, chauve-souris et papillons migrateurs. 70.000 km à tire d’aile, chaque année pour la sterne arctique, du pôle Nord à l’Afrique du sud, aller-retour au-dessus de l’Atlantique tous les ans, qui dit mieux ?
Le livre s’achève par une liste de livres coups de cœur et par un entretien avec Olivier Poivre d’Arvor, centré sur la préservation des océans.
CF(H) Philippe PIZEINE
11/01/2026
ATLANTIQUE, LE GRAND LIVRE DE L’OCEAN
Sous la direction d’Emmanuel de Fontainieu
Editions SUD OUEST

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