Marine(s) – Dans le viseur du peintre officiel

2025 : De plume et d’écume célébrait, l’année dernière, les 100 ans de l’ACORAM.

2026 : MARINE (S) étend l’investigation aux quatre siècles d’existence de la Marine française par un grand format habité par les images du photographe Ewan LEBOURDAIS. La puissance évocatrice et le plaisir esthétique de ce livre sont mis en valeur par le texte concis et élégant de Dominique LE BRUN.

La préface signée par le directeur du musée de la Marine évoque un paradoxe : longtemps considérée comme un simple dérivé de la peinture et malgré son émancipation tardive, la photographie est devenue un art majeur. Ce livre le prouve. 

Tout commence donc en 1626, année de l’édit de Saint-Germain-en Laye et de l’abolition par le cardinal de Richelieu des amirautés féodales héréditaires. Ce grand politique veut faire de la France une puissance maritime. Un résumé magistral en quatre pages emmène le lecteur des grandeurs de la Marine royale, sous Louis XIV et Louis XVI, aux déceptions pendant la révolution et l’Empire. Le texte évoque une galerie de personnages visionnaires pour expliquer les transitions technologiques du XIXème et les dimensions nouvelles imposées au XXème par la guerre sous-marine et la prédominance du porte-avions. Le nouveau paradigme du XXIème, imposé par les conflits asymétriques et l’emploi intensif des drones, achève ce rappel chronologique. 

Le livre enchaine sur le thème des missions militaires et humanitaires. Notre immense domaine maritime est l’objet de nouvelles agressions comme le sabotage des câbles et pipelines sous-marins, la surpêche des ressources halieutiques, l’exploitation potentielle des nodules métalliques. A noter à ce propos que, dans un futur proche, les progrès techniques ouvriront l’exploitation de la totalité des fonds marins jusqu’à 6000 m, ouvrant un potentiel des conflits de territorialité d’autant plus exponentiel qu’apparaissent d’autres enjeux comme la frénésie immobilière pour le sable marin ou la protection des parcs éoliens. Le photographe prend ici quelque distance avec le sujet de la mission pour afficher d’emblée, une esthétique originale, axée sur deux principes.

D’un : une perception toujours intense, parfois bousculée, du « grain » des trois éléments, acier, eau et écume, ici mis en valeur au même titre que le grain d’une lame.

De deux : par une perspective systématiquement « mouillée », pélagique, au ras de l’eau, en contreplongée, à rebours de la traditionnelle perspective horizontale ou aérienne.

Le photographe et l’écrivain se rejoignent pour traiter de façon exhaustive, la grande diversité des « outils », navires ou aéronefs. Les formes intimidantes des sous-marins, la vie nocturne du porte-avions, l’étrave-éperon des frégates multi-missions hérissées d’antennes sont autant d’images spectaculaires.

La visite de la flotte prend un nouveau tour avec la découverte d’un angle de vue souvent ignoré : celui des œuvres vives, au sec sur leur ligne de tins. Les carènes spectaculairement élancées du PA ou du Monge, le profil parfaitement ovoïde et lisse des sous-marins, la perfection des courbes des pales d’hélice et de leur polissage, témoignent de l’excellence des corps de métiers impliqués dans la construction ou la maintenance maritimes. Les photos des colossaux ateliers de fonderie du Creusot, en action pour la fabrication des premiers éléments du PANG, méritent une attention particulière. Les pages 178 à 183 sont franchement magiques !

Mais pourquoi insister sur l’appellation Marine française et ne pas adopter un standard comme « Armée de la Mer » ?  Le livre évoque cette approche iconolâtre pour mieux la rejeter par une analyse complète des innombrables services non militaires de la Marine nationale. Citons la sécurité de la navigation, du littoral, des pécheurs, des plaisanciers, des baigneurs et même des espèces de poisson protégées ! Les outils sont conséquents : bâtiments de soutien, d’assistance, en outre-mer et métropole et le vaste dispositif permanent de sécurité et de sureté opéré par les trois préfectures maritimes avec, aux ordres, les remorqueurs de haute mer prêts à appareiller à tout instant en vue de prévenir ou contenir les pollutions. Avec en renfort les CROSS, les 58 sémaphores, la Gendarmerie maritime, la SNSM.

Une douzaine de photos autour des commandos plongeurs et de commandos fusiliers nous rappellent un rôle civil de l’élite militaire en charge de la sureté des installation portuaires et du déminage d’explosifs datant de la Seconde Guerre mondiale, ainsi récupérés par centaines chaque année le long des plages ou dans les filets des pécheurs.  

Le dernier chapitre expose une galerie de portraits de marins soit en exercice dans leur fonction, soit en formation à l’école des mousses ou à bord du Belem. Des visages jeunes, à l’image du défi posé par le renouvèlement annuel de 10% des équipages et par une spécialisation inévitable parmi 55 métiers, mille qualifications enseignées par onze écoles. Une longue suite d’impératifs avant d’aborder une autre étape cruciale : anticiper les nouvelles compétences qui sont déjà indispensables dès aujourd’hui, ou plutôt l’étaient depuis avant-hier, comme semblent le démontrer les évènements actuels.

Le mot de la fin de cette recension revient à la postface d’Arnaud de La Grange qui évoque la primauté de la plastique : « la puissance n’est pas l’ennemi de la grâce comme l’œuvre photographique de ce livre le prouve à chaque page ».

CF(H) Philippe PIZEINE
25/03/2026

MARINE (S) – Dans le viseur du peintre officiel
Texte Dominique LE BRUN, photos Ewan LEBOURDAIS
Editions OUEST-FRANCE

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