Le Lusitania

7 mai 1915 au sud de l’Irlande près du rocher du Fastnet, le paquebot Lusitania, de la Cunard Line, est en provenance de New York et file vers sa destination, le port de Liverpool, avec près de 2 000 personnes à bord, équipage et passagers. Au même moment, le U-Boot U-20 de la Marine allemande met en œuvre une chasse contre tous les navires battant pavillon britannique, qu’ils soient civils ou militaires.

Avec une torpille et en moins de 20 minutes, l’U-20 a envoyé ce « lévrier des mers » comme on le surnommait alors du fait de sa vitesse, par 90 mètres de fond, emportant avec lui 1 197 personnes dont une centaine d’enfants.

De cette fortune de mer le peintre officiel de la Marine royale belge Jean-Yves Delitte fait un récit circonstancié, très documenté, dans une bande dessinée qui marque avant tout par le talent graphique de l’auteur. Les reconstitutions du port de New-York, du paquebot, de l’intérieur de l’U-Boot également, sont d’une remarquable précision et offrent au lecteur une base documentaire passionnante.

Delitte introduit en outre des personnages secondaires, de ceux dont l’histoire officielle a oublié les noms, pour rendre son récit plus humain. Une approche qui donne de la matière au livre qui autrement en manquerait singulièrement car le naufrage du Lusitania, contrairement à celui du Titanic, a été aussi soudain que rapide au terme d’une traversée qui semble n’avoir laissé aucun souvenir, sans doute faute de célébrités en nombre à bord cette semaine-là.

Delitte parvient à faire un livre entier sur une fortune de mer qui n’a duré que 18 minutes au total, dont le drame est aussi joué que consommé en trois planches seulement. Sans doute aurait-il pu développer davantage, entrer plus à fond dans son sujet.

Il en résulte un sentiment de frustration et un manque d’empathie émotionnelle : des évènements qui se déroulent sous les yeux du lecteur mais avec détachement, vus de l’extérieur sans que l’auteur ne parvienne vraiment à nous immerger dans l’ambiance qu’il pouvait y avoir à bord. Pas de scène de panique devant la montée des eaux, juste un temps de sidération à l’impact de la torpille avant que le bateau ne sombre à une folle vitesse. Est-ce un voile de pudeur délibérément posé par l’auteur ou un choix de faire de cette bande dessinée un ouvrage purement historique dans lequel les sentiments n’ont pas leur place ?

Le lecteur reposera ce livre certes instruit sur cet évènement sans pour autant se sentir bouleversé ni même ému par le sort de ceux qui, à l’intérieur, n’ont pas eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait avant d’être engloutis à jamais.

Ce livre est de ce fait davantage destiné aux amateurs d’histoire maritime qu’à ceux qui cherchent du souffle dans une bande dessinée.

CC(R) Axel PIVET
28/01/2026

Le Lusitania
Jean-Yves Delitte
Glénat

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