Pour mourir, le Monde

Ce livre a reçu le Prix Marine Bravo Zulu 2023 dans la catégorie « Livre ».

Un lopin de terre pour naître ; la Terre entière pour mourir.
Pour naître, le Portugal ; pour mourir, le Monde.

Ainsi Antonio Vieira, grand écrivain jésuite portugais du XVIIème siècle souvent comparé à Bossuet pour la qualité de ses sermons, résume-t-il le destin de son petit pays qui, grâce à ses marins exceptionnels, s’est forgé un immense empire.

Pour mourir, le Monde, premier roman de Yan Lespoux, chez Agullo Éditions, est un grand roman d’aventures, et d’aventures maritimes, ce qui ne gâte rien.

Marie a quitté son hameau landais, menacé d’engloutissement par l’étang littoral qui le borde, pour se rendre à Bordeaux où elle sert dans un estaminet. Laissant pour mort un jeune nobliau qui s’était montré un peu trop entreprenant, elle se réfugie sur la côte landaise, entre étangs et littoral. Au XVIIème siècle cette zone de non-droit, où les hommes d’armes hésitent à s’aventurer, est peuplée de bergers, de résiniers et de pilleurs d’épaves qui sont les seuls à savoir s’orienter dans ce dédale de dunes, de pinèdes et de sables mouvants, soumis aux assauts de la mer et du vent qui font continuellement reculer le trait de côte.

Fernando Teixeira, de son côté, s’est retrouvé enrôlé dans l’armée portugaise et embarqué sur un navire à destination de Goa, sur la côte ouest de l’Inde.

Diogo Silva, lui, vit au Brésil à São Salvador de Bahia lorsque les Hollandais s’emparent en 1624 de cette possession portugaise. Réfugié à Espirito Santo, à quelques heures de marche de São Salvador de Bahia, dans un village indigène géré par les jésuites, il se lie d’amitié avec Ignacio, Indien Tupinamba qui le prend sous son aile et lui transmet son savoir ancestral.

Ces quatre personnages se retrouvent en janvier 1627 sur la côte landaise où une terrible tempête a précipité deux caraques portugaises chargées de trésors et leurs navires d’escorte. Ce naufrage historique causa des milliers de victimes du fait des éléments mais surtout en raison de la cruauté des pilleurs d’épaves à l’égard des naufragés.

Pas question de divulguer tous les évènements palpitants qui précèdent janvier 1627 et sont à l’origine de cette rencontre – qui se révèlera tragique – entre nos quatre héros. Ils constituent la trame d’un roman épique qui ravira ses lecteurs et leur laissera une impression profonde et durable. Yan Lespoux, jeune historien enseignant à l’université de Montpellier, est un auteur prometteur. Ses descriptions de traversées maritimes, notamment, dénotent une grande connaissance du milieu marin. Sa restitution de la vie au XVIIème siècle, tant dans les Landes qu’au Brésil, à Goa et à Bijapur sous la dynastie des Âdil Shâhî, nous font entrer dans le quotidien des habitants. Climat, odeurs, embarras de la circulation, contexte géostratégique, luttes intestines, emprise des frères prêcheurs de l’Inquisition, tout est remarquablement décrit. Quant à la dernière phrase du livre, c’est un chef d’œuvre de concision qui permet d’entrevoir l’issue de la confrontation finale entre les quatre héros du roman et ouvre la porte à tout un champ de supputations sur ce qu’il est advenu ensuite.

Dans l’attente de son prochain ouvrage, souhaitons à Yan Lespoux bon vent et belle mer sur les océans de la littérature.

Et félicitations aux Editions Agullo pour le choix de la couverture dans les tons roses, très pertinemment illustrée de gravures des gaillards d’avant et d’arrière d’un navire du XVIIème siècle, et pour l’idée originale d’y associer une jaquette différente reproduisant en dégradés de bleu une carte d’époque des environs de Goa.

LV(H) Dominique RENIE
07/07/2023

Pour mourir, le Monde
Yan Lespoux
Agullo Éditions

Voir également les récensions du LV(H) Bruno LEUBA, du CF(H) Alain M. BRIERE, du CF(H) Philippe BEAUCHESNE et du CC(R) Jean-Pascal DANNAUD

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