Le mystère de l’île aux cochons

Ce livre a reçu le Prix Marine Bravo Zulu 2022 dans la catégorie « Livre ».

L’auteur nous parle d’entrée de « Cochons » comme il parlerait de Kerguelen ou de La Réunion ! C’est ainsi que les scientifiques, qu’il va accompagner durant leur mission, appellent cette île perdue, la plus occidentale de l’archipel Crozet, dans le sud de l’océan Indien. Heureusement, une carte en début d’ouvrage, resitue Cochons, île inhabitée, classée « Zone de protection intégrale », et où personne n’est allé depuis 1982.

En 1982, justement, on y photographia alors l’une des plus grande « manchotière » du monde, là où vivent et se reproduisent des manchots. Or en 2018, des vues aériennes ont montré une baisse « vertigineuse » de la colonie de manchots royaux.

Pour essayer de comprendre et élucider ce mystère, il faut retourner sur place, recueillir de nombreuses données, en prenant d’infinies précautions (passage par un sas de biosécurité) pour ne pas « polluer » le site, et ce dans un temps limité – cinq jours -, celui d’un détour du Marion Dufresne, le navire océanographique et logistique affrété par les TAAFs.

Une petite équipe pluri disciplinaire de six personnes est déposée fin novembre 2019  et Michel Izard et son cameraman l’ont accompagnée. C’est le récit de ce reportage depuis sorti sur les écrans de TF1, que le journaliste nous livre dans ce livre.

Grand reporter à TF1, Michel Izard est connu pour sa manière très professionnelle, approfondie, de traiter un sujet, grâce à l’image qu’accompagne une parole précise et posée. On connaît ses reportages bien construits, documentés, où perce toujours beaucoup d’émotion.

Là, très peu d’images, et pas de son bien entendu. Le charme de ce livre est ailleurs, dans la description qu’il fait de cette île peu accueillante, de sa population, de manchots bien sûr, mais aussi d’éléphants de mer, et surtout d’oiseaux, de l’albatros hurleur au pétrel géant en passant par le skua vorace. C’est une description toute en finesse, en sensations ….

Par rappels successifs, Michel Izard nous fait découvrir le passé de ces îles australes, de Cochons en particulier depuis sa découverte par Marc-Joseph Marion-Dufresne et Julien Crozet en janvier 1772, jusqu’à la dernière incursion humaine de 1982. Durant tout le XIXème siècle, l’île est régulièrement visitée, exploitée surtout, par les chasseurs de phoques et d’éléphants de mer venus recueillir l’huile et des fourrures d’otarie aussi, vendues en Chine. Cette chasse, un massacre sans retenue aucune, disparut à la fin du XIXème siècle.

Et les cochons dans tout ça ? Un couple de cochons y fut débarqué en 1806, pour subvenir aux besoins de ces hommes. Quinze ans plus tard, ils pullulaient ! Ce sont des naufragés, quelques années plus tard, qui face à leur agressivité, les éliminèrent méthodiquement. Mais l’île resta l’Île aux Cochons.

Il y eut plusieurs naufrages aussi sur cette île et les rochers et îlots à proximité, notamment de navires de migrants se rendant en Australie au cours du XIXème siècle. Durant le XXème siècle, seuls deux avisos, l’Antarès en 1931 et le Bougainville en 1939, basés à Madagascar y sont passés pour des levées hydrographiques, avant des passages à vocation scientifique en 1962, 1974 et 1982.

Le récit de Michel Izard va alternativement du passé au présent, des marins découvreurs et des « massacreurs » de phoques, à la mission à laquelle il assiste, des conditions de vie, du travail effectué. Le passé s’appuie sur des récits bien datés et documentés. L’auteur décrit la (probable) rencontre peu cordiale Yves de Kerguelen et  Marion-Dufresne, à l’Île de France,  leurs missions respectives, les conditions de vie des équipes venant massacrer phoques et éléphants de mer, ou encore les naufrages sans espoirs. Et puis il y a le présent et la recherche des causes – forcément multiples – de la forte diminution de la population de manchots empereurs. Les indices recueillis selon un protocole précis, demanderont des semaines pour être analysés.

Au moment de retrouver le Marion Dufresne, il s’avère difficile pour l’équipe de quitter cette nature et ces manchots  observés dans le but de les protéger et de garantir l’inscription de ces îles au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Au total un livre presqu’intimiste, qui peut faire regretter que cette île soit si inaccessible !

CV(H) Jean FOSSATI
28/08/2022

Le mystère de l’île aux cochons
Michel IZARD
Paulsen

Voir également la recension du CV(H) Philippe HENRAT et du CF(H) Jean-Marie CHOFFEL

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